Les effets du dérèglement climatique sur les glaciers et le niveau marin – Rencontre avec Joachim Piret, doctorant à la VUB

Cette discussion s’inscrit dans une série d’interviews visant à apporter un éclairage scientifique sur le changement climatique.

Dans cette interview, nous explorons le domaine de la glaciologie avec Joachim Piret, doctorant à la VUB. Il se concentre sur l’étude des glaciers continentaux qui contribuent à l’élévation du niveau des océans lorsqu’ils fondent.

Bruxelles-J : Une des conséquences de la fonte des glaciers est l’augmentation du niveau marin. Mais il n’y a pas que la fonte des glaciers qui fait élever le niveau des océans. Est-ce que tu pourrais nous expliquer ce qui fait monter le niveau des océans ?

Joachim : Oui, il y a 2 causes principales :

  • L’expansion thermique, c’est-à-dire que lorsqu’on réchauffe une matière, elle prend plus de place. C’est pareil pour l’océan, comme le climat se réchauffe, l’océan se réchauffe également et il prend plus d’espace. Actuellement, c’est environ 50% des observations d’élévation du niveau de la mer sont liées à cette expansion thermique.
  • Les 50% restantes sont liées à la fonte des glaciers, des calottes glaciaires et de l’Antarctique et du Groenland. Actuellement, c’est le 2ème contributeur après l’expansion thermique. Si le Groenland et l’Antarctique fondent, on s’attend à des élévations du niveau de la mer beaucoup plus importantes. En effet, le Groenland contient l’équivalent de 7m d’élévation du niveau de la mer et l’Antarctique 60m!
Bruxelles-J : À l’heure actuelle quel est le niveau de hausse du niveau marin ? Qu’observe-t-on comme variation ?

Joachim : Le dernier rapport du GIEC, ce groupe d’experts intercontinental qui fait des rapports tous les 5 à 10 ans sur le climat, rapporte qu’entre 1900 et 2018, il y avait eu une élévation de 20 cm du niveau de la mer. On observe une accélération de ce phénomène. En effet depuis 1975, le niveau marin s’est élevé de 10 cm et sur les 70 années précédentes, c’était 10 cm. Donc cette élévation du niveau marin s’accélère et continuera de s’accélérer encore dans le futur.

Bruxelles-J : Une élévation de 20 cm, on se dit que ce n’est pas grand-chose. Quelles sont les conséquences observées à travers le monde de cette élévation de 20 cm du niveau du niveau des océans ?

Joachim : Par centimètre d’élévation du niveau de la mer, on considère qu’il y a 1.000.000 de personnes qui vont subir des conséquences négatives comme des événements climatiques extrêmes. Un million de personnes, c’est la population de Bruxelles. Il y a des zones près de la côte qui sont densément peuplées, que ce soit la côte belge, New York ou la côte chinoise.

Toutes ces régions doivent s’adapter pour essayer de pouvoir répondre à l’augmentation du niveau marin qui est prévue dans tous les cas.

En même temps, on doit faire en sorte de limiter la cause de la montée des océans pour faire en sorte que les adaptations soient possibles.

Bruxelles-J : Connait-on déjà la proportion des glaciers voués à disparaitre ?

Joachim : Oui, on a des projections là-dessus. La mauvaise nouvelle, c’est que d’ici 2040, quelques soient les choix de société que nous fassions, ça n’aura pas d’impact.

Mais après 2040, 2040 est quand même très proche, si on fait le choix de lutter contre le changement climatique en limitant nos émissions de gaz à effet de serre, il restera environ 40% du volume de glaciers présents dans les Alpes par rapport à 2015.

Si en revanche on fait le choix de ne pas lutter contre le changement climatique, alors on s’attend à ce que d’ici 2100, 100% des glaciers des Alpes aient disparus et qu’il n’en reste plus aucun. C’est vraiment dramatique ce qui peut arriver d’ici 2100.

En plus, ce qu’il faut se dire, c’est qu’après 2100, la Terre ne s’arrête pas. En fonction de nos choix de société pour 2200, 2300, les dégâts continueront pour les glaciers dans le monde. Si on fait le choix de lutter contre le changement climatique, les glaciers devraient survivre assez bien. Si on ne le fait pas, la quantité de glace sur Terre va continuer de réduire.

Bruxelles-J : Est-il possible que les glaciers qui sont actuellement en train de fondre se régénèrent ?

Joachim : C’est une question complexe. Pour les plus petits glaciers, je dirais que c’est possible, mais pour beaucoup, nous avons déjà franchi, ou nous franchirons bientôt si aucune action n’est prise, ce que l’on appelle un point de bascule. En effet, la formation d’un glacier ou d’une calotte polaire nécessite des températures bien plus froides que celles requises pour leur simple survie.

Prenons l’exemple de l’Antarctique de l’Ouest, une partie du continent antarctique. Cette région est située en dessous du niveau de la mer, mais elle est actuellement surélevée au-dessus du niveau de la mer en raison de l’épaisseur de la glace. Toutefois, une fois que cette glace aura fondu, ce qui dépendra de nos choix sociétaux, il sera très difficile de regeler toute cette zone avec de l’eau douce pour reformer un glacier, sauf si les températures descendent bien en dessous de celles de l’ère pré-industrielle. Nous sommes donc confrontés à des points de bascule qui compliquent la régénération de certains glaciers.

Bruxelles-J : Quoi qu’on fasse jusqu’à 2040, le train est lancé et on ne va pas réussir à modifier sa trajectoire. C’est dans une quinzaine d’années, c’est très proche!

Joachim : Et là, c’est pour les glaciers. Pour d’autres composantes du système climatique, agir maintenant peut avoir un impact dans 2 ou 5 ans.

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